TUNISIA

TEASER-TUNISIA from La communaute inavouable on Vimeo.

 
english version

 

Avec TUNISIA, Clyde Chabot s’appuie sur son histoire familiale de migration pour inviter chacun à plonger dans sa propre mémoire, à interroger les flux migratoires, la peur et le désir de l’autre, et nos représentations de l’étranger.

Ses ancêtres ont quitté la Sicile à la fin du XIXe siècle pour la Tunisie. Puis en 1956, nouvelle migration pour la France. Aujourd’hui, elle s’interroge sur la disparition de deux cultures – sicilienne et tunisienne – dans sa propre vie. Son intégration à la société française réussie, qu’est-ce qui a été perdu ?

 

Elle a réalisé des entretiens avec sa mère et sa tante qui ont vécu en Tunisie jusqu’à l’indépendance. Un voyage sur place avec sa fille début 2015, sur les traces de ses ancêtres, a éveillé ensuite pensées, sensations, inspirations. Donnant la matière de TUNISIA, spectacle mêlant textes et images, «archéologie familiale » et fiction, tragédie et humour, réflexion sur l’histoire et le présent colonial de la France et la Tunisie aujourd’hui.

TUNISIA, est le second volet aprés SICILIA du solo autofictionnel de Clyde Chabot. Il a été réalisé en complicité avec Stéphane Olry. Le texte a été édité avec SICILIA aux éditions Les Cygnes

 

Extrait du texte

Je suis allée sur place. Avec ma fille.
À Tebourba.
Tebourba. Ce nom sonne comme la terre originelle. La tourbe où l’on s’embourbe et d’où l’on a du mal à s’extraire.
Et aussi comme le nom d’un petit village tranquille en Tunisie, où il fait bon vivre, où il ne se passe pas grand chose. Ce qui ressemble à ce que j’ai vu sur place.

Nous sommes parties de Paris le 14 février.
Par Tunis Air.
Arrivées à l’aéroport de Tunis – Carthage, le chauffeur de taxi nous annonce le prix de 35 dinars. Le double de celui indiqué par l’hôtel. Je le lui dis. L’homme accepte de descendre le prix. Il nous donne du bout des lèvres quelques informations touristiques : la place du 14- janvier-2011 devant le ministère de l’Intérieur, où ont eu lieu les manifestations de la révolution, l’avenue Habib-Bourguiba, la mosquée… « Comment vous dites déjà la mosquée ? – L’église. – Voilà… l’église à droite. »

À l’arrivée, il dit ne pas avoir assez pour nous rendre la monnaie sur 40 dinars… Il me donne quelques pièces, retrouvant le prix initial annoncé. (…)

Le lendemain de mon arrivée en Tunisie, je découvre, sur mon téléphone portable, UNE PHOTO QUI S’EST INTRODUITE PARMI LES MIENNES. Un signe ?

On y voit un imam sur fond bleu et l’inscription : « To the youth in Europe and North America : DON’T ALLOW THEM to hypocritically introduce their own recruited terrorists as representatives of Islam. » C’est signé Seyyed Ali Khamenei.

Ali Khamenei est un ayatollah et l’actuel guide suprême de la révolution en Iran.
Il est l’auteur de cette injonction « à destination des jeunes de l’Europe et de l’Amérique du Nord : NE LES LAISSEZ PAS introduire hypocritement les terroristes qu’ils recrutent comme représentants de l’islam. »

Je viens en Tunisie avec mon histoire ancienne de pied noir d’origine sicilienne, et suis rattrapée par l’actualité du monde musulman qui a beaucoup changé, et par des enjeux politiques qui me dépassent. Pourquoi ce message m’est-il adressé ? Suis-je considérée comme une cible potentielle susceptible de succomber, moi aussi, aux attraits du djihadisme ? Ce message est-il adressé à tous les Occidentaux qui arrivent en Tunisie, considérés comme potentiellement attirés par les islamistes ? Ou bien a-t-il été envoyé au même instant à tous dans le monde entier ? J’entends l’écho lointain de voix qui m’avaient alertée avant mon départ sur les risques d’un tel voyage avec un enfant, en Tunisie, dans le contexte politique actuel. Mais la France n’est- elle pas plus encore sous la menace ?

J’aurai beaucoup dormi durant ce séjour en Tunisie.
Comme s’il était possible de revenir sous le gros édredon de ma grand-mère. Comme si venir ici, en particulier dans cet hôtel, la Maison dorée, avec son nom enchanteur, c’était retourner chez ma grand-mère. Et me reposer chez elle. De très longues nuits, prolongées au matin. Comme un retour chez soi, où l’on peut se reposer, vraiment.

Clyde Chabot

Distribution

Texte, mise en scène et jeu : Clyde Chabot

Regard extérieur : Stéphane Olry

Remerciements : Roland Raymond, Laurence de la Fuente, Florence Girardeau

Photos : Gabriel Buret, Roland Raymond, Sophie Vialaron

Presse

En faisant de sa recherche mémorielle, la matière vivante de son œuvre, poursuivie sur un temps long, Clyde Chabot nous questionne sur nos propres racines et sur la légitimité des « valeurs » inculquées par nos éducations. Les dattes fourrées (délicieuses…) et le thé offerts participent de ce partage sensible, généreux, exigeant et sans concession aucune. Ce qui est ici bousculé, c’est non seulement l’espace codifié du théâtre mais aussi les « représentations » mentales liées à la mémoire tant individuelle que collective.”

Yves Kafka, INFERNO, 3 juin 2015
“TUNISIA au MuCEM de Marseille : Fragments d’une mémoire migrante”

Lire la suite de l’article

Représentations

14 et 15 novembre 2017 à 20h30 : Le Merlan, Scène Nationale, Marseille

11 octobre 2017 à 18 h : Maison de quartier Pierre Sémard, Saint-Denis

Du 23 au 25 juin 2017 : Musée National de l’Histoire de l’Immigration

21 janvier 2017 à 19h : La Filature, scène nationale de Mulhouse

19 février 2016 à 19h : L’Institut des Cultures d’Islam – Exposition TunICIe

21, 22 et 23 janvier 2016 : Gare au théâtre – Les théâtres du réel

18 octobre 2015 : Institut français à Tunis

29 et 30 août 2015 : 6b à Saint-Denis

18 juillet 2015 : La Ferme du Bonheur à Nanterre

22 et 23 mai 2015 : MUCEM à Marseille

Dossier

LIRE LE DOSSIER ARTISTIQUE