Avancer masqués (2007-2008)

Avancer Masqués interroge les motifs et impacts de l’écriture à partir de textes écrits par trois auteurs pour le n° 184 de Théâtre / Public, conçu et coordonné par Clyde Chabot. Dans leurs textes, ces auteurs interrogent le ferment de leur écriture : les paysages pour Frédéric Ferrer, la légende familiale pour Jean-Paul Queinnec, la rétraction des interstices pour l’art dans la société avec Alain Béhar. L’écriture est le sujet même de cette création : celle des auteurs, celle des interprètes qui recomposent leur jeu en temps réel, celle des spectateurs invités à prendre part à l’expérience.

Edition 2007
Une maquette, présentée à Confluences en mars 2007 donnait déjà le ton d’un mode de jeu particulier des interprètes : quatre comédiens et un musicien/ sonorisateur. Dans un espace augmenté de larges bandes d’élastiques en caoutchouc pouvant distordre les repères, le jeu des acteurs restait mobile, à l’écoute, dans une relation forte au présent et au réel des acteurs face au public.

Edition 2008
En 2008, se sont ajoutées deux directions de travail :

  • Accueil de l’écriture scénique des trois auteurs, également metteurs en scène, invités en tant que collaborateurs artistiques dans le projet. Chacun est intervenu dans le processus de création sur la base d’un travail d’une semaine avec les interprètes.
  • Exploration des conditions d’apparition d’une communauté anonyme, intuitive et sensible, réunissant acteurs et spectateurs dans un même espace. Les spectateurs étaient invités à se déplacer librement dans l’espace. Chaque déplacement pouvait être répercuté librement par les acteurs qui interprétaient ces déplacements comme partie intégrante de la fiction. Les spectateurs devenaient ainsi par exemple un instant une figuration possible de la femme aimée ou d’une liberté prise dans une société rigidifiée.

DISTRIBUTION

Conception et mise en scène : Clyde Chabot
Ecriture textuelle, écriture scénique : Alain Béhar, Frédéric Ferrer et Jean-Paul Quéinnec
Jeu : Mélina Bomal, Marie-Laure Crochant, Xavier Guerlin, Anne-Sophie Juvénal
Son : Vincent Rioux
Scénographie : Magalie Lochon assistée de Lara Fenaille
Lumières : Pierre Zach
Assistantes à la mise en scène : Elsa Motin et Aliénor de Mézamat
Textes : Tentatives d’autoportrait de Frédéric Ferrer, Ecrire liquide de Jean-Paul Queinnec, Ldé d’Alain Béhar

 

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EXTRAIT DE TEXTE

 

 

FABLE LIQUIDE, Jean-Paul Quéinnec

Liquide et pas fiable flottante ma mémoire a des voies d’eau qui la font devenir une matière molle parfois c’est vrai une boue douteuse dans laquelle je mets les doigts jusqu’aux pieds j’aime bien ça je m’y noie un peu
Une mémoire comme une barque pourrie qui m’entraîne dans le flux de noms de gens de petits noms con con et de géographies à patelins de rien une mémoire pourtant avec des dates des faits parfois précis des accidents mais sans intérêt des documents sans valeur des repères instables et récurrents qui concernent toujours les mêmes belous.

TENTATIVE D’AUTOPORTRAIT, Frédéric Ferrer

Retour arrière.
Je regarde le ciel. Un strato-cumulus menace. Je regarde encore. Les images surgissent.
Travailler comme traverser un lieu. Par effraction. Sans plan préétabli.
Questionner les territoires de l’échec, du désenchantement, du renoncement et de la possibilité d’en finir.
Mauvais Temps, mauvais temps… Dire l’attrait des versants. Raconter une histoire avec des corniches, des chevaux, des dérapages. Chercher un individu. Ses espaces-temps. Son naufrage.
Si le théâtre ne dit pas mes échecs et nos échecs, que dira-t-il ?

LDÉ, Alain Béhar

L’ensemble, on en vient, on y va, on n’y est jamais. Moitié ça se peut, moitié ça ne se peut pas, exactement. Il y a les deux parts, il faut en préserver l’écart, sinon on ne sait plus ni de quoi ni depuis quoi on parle et s’adresse. Cet écart est chaque fois menacé par son exposition, on est – en quelque sorte – secrètement en charge de sa persistance, de son asymétrie systématique aux équivalences marchandes. Bon. Il y a des écritures imprévues (dramatiques comme les autres) qui ne sont pas contenues mais contiennent et déplacent paradoxalement les cadres souvent prévisibles par lesquels elles nous parviennent. Qui maintiennent à la fois (d’un « dissensus » ou d’un leurre convenu) et se libèrent des diverses conditions de leur apparition, de leur possibilité.

EXTRAITS DE PRESSE

“Déjouer le théâtre ça décontenance, ça dérange et ça fait rire en même temps. Expérimentale en diable, la « Communauté inavouable » de Clyde Chabot propose un espace temps où théâtre et scène sont à la fois mis à mal et célébrés. Monté au Point Ephémère sur le lieu de travail de la compagnie, « Avancer masqués » porte bien son nom. Il faut en effet se départir de bien des habitudes du spectateur assis, face à la scène, dans le noir rassurant de la salle. Clyde Chabot aime à l’évidence imaginer des situations instables, qui mettent en cause les règles du théâtre. (…) Les spectateurs commencent par regarder sans moufter, puis s’enhardissent pour aller boire cet apéro trois fois annoncé, tirer sur les élastiques ou approcher Vincent Rioux, musicien et docteur en acoustique, qui joue lui aussi en direct sa partition. Des aléas du dispositif émerge enfin la communauté annoncée : complicité ravie avec les comédiens, inquiétude partagée pour cette actrice qui sort littéralement du Point Ephémère pour crier son texte des bords du canal, ambiance quasi-familiale de soirée diapo pour regarder ensemble les images prises durant la représentation. (…)  Elle se joue de vous, de moi, de nous et chacun s’y trouve. Drôle d’expérience !”

Annick Rivoire , www.poptronics.fr, avril 2008 + Voir article