Christophe S. (2015)

Une femme se remémore une nuit passée avec un homme, chanteur lyrique, rencontré dans un TGV, resté à l’arrêt 5 heures durant, pour cause de suicide sur la voie. Face à la mort si proche, une force de vie réunit cet homme et cette femme, les invitant à croire à l’exceptionnel, au dépassement de soi et à l’infini. Au-delà de cette nuit, leurs perceptions de la rencontre s’éloignent. Par les mots, cette femme décrypte avec émotion et humour, sa puissance de projection amoureuse avec un homme qu’elle ne reverra jamais. La vidéo évoque cette fabrique des images de cet homme idéalisé. L’homme lui répond par le chant lyrique, comme pour accompagner la mort et garder son énigme.

Ce projet sonde avec délicatesse et humour, sensibilité et lyrisme, un certain dysfonctionnement relationnel féminin : la puissance de projection amoureuse face à une caractéristique souvent masculine, le silence.

Clyde Chabot travaille par strates et versions successives d’un même texte dans un processus de recherche et d’approfondissement qui se prolonge sur plusieurs années. Le texte Christophe S. a donné lieu à 4 étapes de création.

Acteurs, vidéaste, créateur sonore et “interprète lumineux” sont les instrumentistes d’une interprétation multidisciplinaire et chorale du texte, d’un orchestre dont seuls les acteurs sont à vue mais qui comprend bien les quatre pôles de cette création.

DISTRIBUTION

Texte et mise en scène : Clyde Chabot
Jeu : Laetitia Spigarelli, Julien Marine
Video : Anahita Hekmat
Scénographie : Cassandre Boy
Lumières : Philippe Gladieux / Marie-Hélène Pinon
Création sonore : Michaël Grébil
Photographie : Emmanuel Rioufol (photographies.emmanuelrioufol.com) / René Mayer Cohen
Regard dramaturgique : Laurence de la Fuente
Assistante à la mise en scène : Sarah Marchais
Régie : Yves Jegado Pinto Alves

 

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EXTRAIT DE TEXTE

Christophe S.
Vous êtes l’inconnu que j’ai laissé entrer chez moi. Qui est entré chez moi. Que j’ai invité à franchir le seuil.
Après la nuit que nous avons passée ensemble, le soir même de notre rencontre, vous n’avez plus donné signe de vie.
J’étudie le masculin dans son rapport au féminin depuis quelques années. Ma vie est la matière réactive qui impulse l’écriture.
Je me permets de solliciter de votre part quelques réponses sur les motifs de votre silence.
Celui qui reste silencieux disparaît dans le monde qui lui avait donné naissance, dans l’indistinction des présences anonymes de la grande ville.
Vos réponses sont cruciales pour mon prochain projet et je vous remercie par avance du temps que vous pourrez consacrer à lire ce texte et à répondre aux questions qu’il contient.
Je ne corresponds pas aux critères de séduction qui sont les vôtres par ce que :
Je suis trop âgée OUI NON
Je suis trop active OUI NON
Je suis trop libre OUI NON
J’ai déjà un enfant OUI NON
J’ai ouvert ma porte à un inconnu OUI NON
Je suis trop lucide OUI NON

EXTRAITS DE PRESSE

C’est une rencontre, éphémère et sans lendemain. Qui ne donnera rien. Pas d’histoire d’amour, pas d’enfant, pas de futur à deux possible. L’intensité puis le néant. Elle s’insurge, se révolte, demande des comptes, des nouvelles. Pourquoi? Elle dresse un questionnaire? Mais questionne dans le vide. Appelle dans le silence. Une déception, pas la première mais celle de trop.

Que reste-t-il du contact de deux êtres? Quelle réaction chimique, épidermique, psychologique à la rencontre de deux esprits, de deux corps ?

Christophe S” . Sous ce titre énigmatique se blottit un texte magnifique, paysage intérieur d’un instant T, d’un évènement en marge de la vie telle qu’on la connaît, chronologique et ordinaire. Une parenthèse auscultée à la loupe. Un “temps suspendu”. “Christophe S” est chronique, à la fois à vif et à distance, réelle et imaginaire, d’une rencontre, de sa promesse et de sa dissolution. Un poème dramatique, une forme mouvante et émouvante, une introspection dans les diverses facettes d’un état donné, ses zones obscures, ses ridicules aussi.

Marie Plantin, Première, 2014