Face à face : La nuit des corps (2001)

Projet France Burkina 1

Le point de départ du projet était un face à face dans lequel les Noirs et les Blancs s’observent, se cherchent, s’interrogent, se désirent à partir de leurs différences. Cela pourrait ressembler à un duel dont on ne connaîtrait pas tout à fait les règles ni l’issue.

L’Afrique apparaît aux Occidentaux comme l’endroit d’un possible exil, loin du rythme accéléré et de la solitude de la modernité, où sont respectées des valeurs ancestrales : les ancêtres, la famille, la nature, le corps, la flème et où le collectif existe encore face à la mort. L’Occident est souvent imaginé par les Africains comme un paradis accessible sur terre où l’argent coule à flot et où les choses sont faciles. Quels sont les contours exacts des images que nos sociétés véhiculent les unes par rapport aux autres ? Quelle part de subjectivité nous reste-t-il au-delà des déterminations collectives qui nous constituent sans que nous en ayons réellement conscience ?

Nous avons cherché à transcrire notre désir réciproque d’aller vers l’autre mais aussi la séparation, l’endroit où l’on ne se comprend pas. Non pas dans la déception mais dans le respect et la découverte de l’altérité entière physique, rythmique, politique, rituelle, artistique que peut représenter pour l’occidental l’Africain, le burkinabé, le mossi, le dioula et inversement. Probablement la rencontre de cette altérité nous a interrogé plus largement sur notre rapport à l’autre : autre de sexe, autre d’âge, autre de corps… et sur la façon dont on peut se sentir étranger à soi-même.

COPRODUCTION

La Communauté inavouable, Umané Culture (Ouagadougou), AFAA – Programme Afrique en créations, Union Européenne (PSIC), Ambassade de France à Ouagadougou, Centres Culturels français de Ouagadougou et Bobo Dioulasso, Ministère de la Culture Français (Aide à la commande aux auteurs), Spedidam.

Le spectacle a été créé en partenariat avec la compagnie burkinabè Umané Culture en résidence à l’automne 2001 dans un village au Sud du Burkina Faso à Pô puis repris aux Centres Culturels Français Georges Meliès de Ouagadougou et Henri Matisse de Bobo Dioulasso.

 

DISTRIBUTION

Auteur : Yan Allegret
Mise en scène : Clyde Chabot
Dramaturge : Ildevert Meda
Chorégraphe : Opiyo Okach
Scénographie : Paul Ramlot
Jeu : Elodie Brémaud, Ali Diallo, Nadège Hédé, Boris Lémant, Dakiswende Denise Nikièma, Roger Ouaedraogo, Justine Sawadogo.

 

 

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EXTRAIT DE TEXTE

FEMME NOIRE
(Femme blanche non loin d’elle)

Voilà l’endroit et voilà le sol. Voilà le crépuscule qui me permet de sortir. L’obscurité a créé une route pour mon passage. J’ai marché, boiteuse, sur le goudron des routes et la terre des sentiers. Des nuées de cantharides ont suivi les pas et les ont guidés. J’ai cheminé à travers les nuits. Je me suis cachée face à la lumière du jour. Dans le creux des arbres. Dans les toilettes publiques. Dans les maquis sombres des capitales. Personne n’a fait attention à moi. J’ai patienté, partageant la crasse et le sommeil des hommes. J’ai écouté leurs mots. Regardé leur visage. A l’ombre de cette clarté que je sais dangereuse. Au milieu des bouteilles de bières, des papiers journaux et des poules. Je me suis allongée. Dehors les hommes travaillaient. Chacun cherchait l’argent. Chacun cherchait à se tenir debout au soleil sous les regards des autres, dans des vêtements étrangers.

EXTRAITS DE PRESSE

“Les propositions théâtrales (de Clyde Chabot) sèment les possibles de la relation à l’autre et recueillent, lors de ses créations, le fruit d’une altérité respectée. “Face à face” tente de trouer la bulle mentale, l’autisme culturel qui sépare les Noirs et les Blancs invités ici à se regarder, s’écouter, se toucher. Est née de leur collaboration une création exigeante, jamais convenue, un théâtre qui danse étrangement et qui réussit à faire résonner ces mots du journaliste assassiné, Norbert Zongo : “La voix des autres vous parviendra un jour.”

Sabrina Weldman (envoyée spéciale), Mouvement. N°15, janvier–mars 2002 + Voir l’article

“L’auteur, parti d’aucun a priori, a su être attentif pour voir la réalité se dévoiler à travers la rencontre des intervenants ; et ce que l’on voit dans ce dévoilement, c’est le monde tel qu’il est et non tel que nous voulons qu’il soit. On voit l’homme sous plusieurs facettes, dans différentes situations historiques, sociales et économiques, où les rapports de force et la conscience, se retrouvant les uns à côté de l’autre, font toujours bonne entente.”

Moussa Sawadogo, Évasion – Les Éditions Le Pays, 26 octobre 2001 + Voir l’article

“Le voyage auquel nous sommes invités est autant intérieur que corporel, pour les artistes et les spectateurs. Ces derniers ne peuvent pas rester insensibles, chaque parole, geste, danse, chant, conte est sujet à réflexion. L’écriture s’est révélée à la hauteur des ambitions.”

Thomas Maurice, L’Indépendant. 2 octobre 2001 + Voir l’article